Test du DJI Ronin, regard critique sur le matériel

Product
DJI Ronin
Type
Nacelle brushless
Product Author
DJI
Reviewed by

on 6 janvier 2015
Rating
Price
2000
Summary

 

J’ai récemment eu la possibilité d’utiliser le système Ronin de la compagnie chinoise DJI à l’occasion d’un tournage de pub et voulait partager mon expérience.

 

Tout d’abord un peu de background autour de ce système :

Le Ronin est sortit courant Aoùt en France après une attente de quelques mois et plusieurs coupes drastiques dans son prix de vente (passé de 5000 Euros à 2500, pour finir aux alentours de 1900 Euros aujourd’hui), La technologie du système est héritée des nacelles de drones “zenmuse” crées pour les 5D, GH3 etc…

Ces nacelles très stables ont connus un grand succès pour leur prix attractif et leur facilité de configuration (ce qui n’est pas le cas de toutes les nacelles, qu’on se le dise !)

Le Ronin est donc la version grand format et indépendante de ces nacelles.

 

Pourquoi un prix si bas comparé aux autres concurrents ?

Le prix s’explique par plusieurs choses, DJI, compagnie chinoise utilise le coût de la main d’oeuvre bon marché de son pays, et la société n’est pas étrangère à la production de masse puisqu’ils ont démocratiser le marché des drones au grand public avec leur série “phantom” l’année dernière.

Les baisses successives du prix de vente sur le marché du système s’explique également par les contrats de revente du Ronin pour chaque revendeurs, avec un minimum de 25 unités en stock et un support clientèle quasi inexistant, les revendeurs ne voulant pas garder le système en stock, les prix ont probablement* chutés pour attirer les clients réticents.

* : ceci n’est qu’une supposition !

 

DJI nous promet un système pour les “pros”, simple d’utilisation libérant la “créativité” des “filmmakers”, mais comment cela se traduit-il sur le terrain ?

 

J’ai donc utilisé un Ronin loué pour l’occasion

 

La Valise :

La première chose qui saute aux yeux est l’énorme valise dans lequel le système est stocké !

Cette valise sera la plus grosse partie du kit que vous amènerez sur le tournage, plus gros que votre kit caméra, aussi encombrant qu’un steadicam capable de supporter le triple du poids en caméra du Ronin et qu’on se le dise, la qualité de cette valise n’est vraiment pas au rendez-vous, on pourrait même ressortir le vieil adage à la limite du racisme, “c’est du vrai matos chinois !”

Oups … je l’ai dit ! 🙂

Le tournage sur lequel j’ai utilisé le système était un tournage marathon, 6 lieux de tournages pour 8h de shooting dans Paris, en équipe réduite cette valise est une plaie, lourde, équipée de roues de mauvaise qualité, la valise qui bascule et tombe toujours sur le coté au bout de 20m de marche. On pourrait rajouter que que d’avoir 7 clamps de sécurité sur la valise n’arrange rien à la rapidité d’ouverture du bazar !

L’ajout d’une valise pour un prix si bas est un réel plus, mais notre travail étant “pro” le coût toujours plus bas du matériel ne devrait pas être une excuse pour accepter de travailler avec du mauvais matériel ! ( Pour ceux qui se plaindront de mon avis, je leur dirais que des fois mettre un peu plus cher dans du matériel vous garantit la sérénité sur le tournage, et cela correspond à mon avis général sur ce système ).

La construction du Ronin :

Là encore les coupes dans le prix des pièces se font sentir, le système est lourd de par les matériaux utilisés à sa construction, de l’aluminium robuste mais très peu optimisé en terme de poids.

A titre de comparaison, le Ronin est 2 à 3 fois plus lourd que la plupart des autres systèmes concurrents, Movi, Newton, Stabeone, Besteady et autres systèmes plus obscurs…

Mais le poids n’est pas pour moi le plus gros problème.

Les différents papillons de réglages de l’équilibrage des axes sont également de piètre qualité et pas toujours la solution les plus pratique ! ( vous vouliez du “tool-less”, vous êtes servis ! ), je donne un maximum de 9 mois à un an de durée de vie à la plupart de ces réglages, entraînant des immobilisations du système le temps de réparer les pièces.

Il y a déjà beaucoup d’opérateurs pratiquant de la location de leurs propres Ronin se retrouvant avec des systèmes déjà inutilisables à cause de l’usure de leur système.

La plupart des serrages ont besoin d’un coup de clé Allen supplémentaire pour vraiment sécuriser après quelques utilisations (vous aviez dit “tool-less” ?)

De plus ces serrages pas franchement précis rendent plus difficile un équilibrage de la machine (cependant moins nécessaire de par la présence d’encodeur dans les moteurs, on y reviendra plus tard)

Concrètement, moins les serrages sont effectifs, plus votre système se déséquilibrera durant votre journée de tournage.

 

A ce problème 2 solutions sont proposées par les concurrents, utiliser toujours des clé Allens à la manière du Movi ou du Stabeone (approche beaucoup plus honnête si vous voulez mon avis) ou l’approche à la steadicam avec un pas micrométrique beaucoup plus simple pour la précision du Newton.

 

L’utilisation du système :

J’ai déjà commencer à aborder l’équilibrage du système dans la partie construction. Elle est imprécise mais se fait relativement facilement, et les encodeurs présents dans les moteurs présentent l’avantage de récupérer les décalages dans l’équilibrage selon le poids de la caméra.

Mais attention, plus votre équilibrage est mauvais, plus cela vous fera consommer de la batterie !

La grande qualité de ce système vient donc de ces moteurs, de toute dernière génération, ce qui explique son attrait face à des Movis, Newton et tout autre système sortis en début 2014. Ces moteurs embarquent donc des encodeurs toute dernière génération, véritables gestionnaires de puissance intégrés dans les moteurs, ce sont ces encodeurs qui permettent une meilleure autonomie (3 à 5h selon le poids de la caméra et votre équilibrage) et permettent également une meilleure attaque dans les moteurs, récupérants ainsi les défauts d’équilibrage.

 

Et je dois dire que ces moteurs font un travail admirable, lors de ce tournage, j’utilisais une Red Epic avec une simple optique 16-35mm Canon, environ 5kg de portée. Après un équilibrage approximatif à chaque remise en marche du système et un shift progressif de l’équilibrage causés par les serrages pas toujours très robustes et le système n’a jamais posé de problèmes à l’allumage !

 

Le système ne nécessite presque pas de calibration software, accompagné de l’appli DJI sur Iphone, Mac ou PC, l’app trouve son petit et la page de configuration s’affiche, très peu de choses à faire dedans, régler la vitesse des moteurs, faire la calibration des moteurs (un auto-calib et le tour est joué), un outil pour connaitre la précision de son équilibrage est également très utile, d’autres réglages sont également disponibles, comme par exemple le réglages des canaux de la télécommande, la position maximale de la nacelle etc…

Tout est très simple mais pas toujours évident de deviner l’utilité ni la véritable action de chaque réglages !

Venant pour ma part d’une initiation au système SimpleBGC d’alexmos présent sur le Newton, cette app est quand même beaucoup plus sympa à utiliser.

Une fois l’équilibrage et la calibration logicielle réalisée, vous êtes prêt à tourner, et le système est très stable.

Ma seule remarque sur le fonctionnement en mode follow (ou mode majestic pour les utilisateurs du Movi) serait le manque de puissance du moteur de l’axe du Pan, un peu faiblard dans le suivi et manquant de précision, rendant compliqué la précision lorsque l’on doit arrêter précisément un cadre après un mouvement, cette latence est à prendre en compte dans vos mouvements et peut parfois être un problème.

La raison selon moi vient du fait que les moteurs des 3 axes sont similaires alors que le moteur du Pan aurait besoin d’une meilleure puissance en mode “underslung” normal (il supporte la caméra mais aussi la structure entière et on parle là de 4 kg supplémentaire contrairement aux autres axes qui ne supportent que la caméra).

Le système est plus stable à l’envers, en mode “Upside-down” parce que moins contraignant pour le moteur du Pan.

La télécommande est très utile lorsque vous êtes deux, ne serait-ce que pour recadrer précisément (le mode follow est malheureusement souvent trop lent pour être très précis rapidement) sans pour cela faire un vrai mode 2 opérateurs avec retour HF etc…

Je passerais sur la qualité plastique de la remote et les conflits entre la télécommande et l’appli concernant les réglages, obligeant à rebooter la machine.

Mon avis final sur le système est le suivant :

Je doute que je m’achèterais un Ronin pour mon utilisation personnelle mais je pense que ce système est une bonne option pour les opérateurs voulant commencer dans le vaste monde des nacelles gyro-stabilisées.

Sa simplicité de prise en main est effectivement un plus mais la qualité générale du produit est pour moi insuffisante pour les tournages où la qualité des mouvements et la robustesse du matériel est nécessaire.

 

Je conseillerais soit un Movi, si vous cherchez à réduire le poids et n’avaient pas de poids trop lourd à embarquer avec la caméra, un Newton de Swedish Chameleon pour sa polyvalence (malgrès un software archaïque), ou un Stabeone pour la proximité des constructeurs qui sont basés à Paris (eux aussi embarquent le même soft que le Newton).

DJI et son support :

Pour conclure, je voudrais dire un petit mot sur le service apporté par DJI, une société plus occupée à faire du marketing que de s’occuper de ces utilisateurs.

Lorsque vous achetez un Ronin, vous êtes en gros tout seul, DJI ne vous tiendra pas la main et certainement pas son service après-vente quasi-inexistant et ses réponses différentes à chaque nouveaux échanges.

Le boss de DJI est un fan boy d’Apple, mais n’a pas encore compris qu’Apple s’est aussi construit par la qualité de ses services, et ce n’est pas une entité de DJI en californie qui nous fera croire que le service offert est le même que ceux des marques Américaines. Lorsque vous avez un problème avec votre système la seule échappatoire est un remplacement à neuf ou une réparation prenant plusieurs longues semaines.

 

A une époque où l’on nous parle de suprématie chinoise et d’obsolescence programmée, réfléchissez bien à vos achats !

 

La qualité du matériel sur les tournages baisse avec le temps comme le coût des tournages, et le matériel “professionnel” s’inspire de plus en plus de l’expérience grand public ! Quel dommage !

Avez-vous déjà utilisé le Ronin ? Qu’en avez-vous pensé ?

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