On peut dire que la gamme de caméra grand capteur chez Sony est maintenant plutôt mûre : la FS7 est un carton chez les loueurs, les gros Broadcasters font de plus en plus de captations Multicam avec la F5 / F55 et il s’est vendu des centaines d’A7S II rien qu’en France. Une de leurs fonctionnalité la plus importante et la plus dur à maitriser est le S-LOG.

Cette gamme couvre donc tout le spectre de la production en France, du petit enthousiaste produisant du contenu sur internet (A7S II), à la production de documentaires / Pub bas budget (FS5 / FS7), jusqu’à la production Live et Ciné (F5 / F55). Et il faut se le dire il y a peu d’équivalents d’aussi bon rapport qualité / prix aujourd’hui sur le marché, que vous aimiez ou non Sony !

Fort d’une expérience de 3 ans sur le terrain avec toutes ces caméras, j’ai constaté qu’il y avait beaucoup d’idées reçues concernant l’utilisation du S-LOG chez les opérateurs et parfois même une inexpérience quant à la bonne manière d’exposer une image en S-LOG.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient d’expliquer ce qu’est le S-LOG pour les opérateurs qui se sentiraient dépassés par tous ces nouveaux termes…. Allons-y !

C’est quoi le S-LOG ?

Le S-LOG, pour Sony-LOG est une interprétation Logarithmique de la courbe d’image en sortie de capteur. Pour ceux qui n’auraient plus de souvenir de ce qu’est une courbe logarithmique eh bien c’est l’inverse d’une courbe linéaire…. Allez Salut ! :-)
Pour vous l’expliquer simplement avec des graphiques : Une interprétation linéaire sera représenté par une ligne s’approchant d’une droite sur un graphique, alors qu’une interprétation logarithmique sera plutôt en forme de courbe. Cela implique donc une vision complètement différente entre le linéaire et le logarithmique
Le mieux est encore de regarder une représentation grossière d’une courbe de vidéo classique linéaire (Rec709) et d’une courbe Logarithmique S-LOG.

S-LOG vs REC709

S-LOG vs REC709

Comment interpréter cette courbe ?
L’axe vertical est la représentation finale de votre luminance
, c’est le signal tel qu’il sera compressé dans votre fichier ou sur votre sortie vidéo, il est donc gradué de 0 à 100 %, le 0 étant le noir le plus profond ou la valeur la plus basse que l’on peut capter et le 100 le blanc ou autrement dit la valeur la plus haute captée !
L’axe horizontal est la représentation de la luminance captée, c’est la lumière qui rentre dans votre capteur avant compression par la caméra.

Ce que l’on voit tout de suite est qu’une courbe REC709 (vidéo classique) est plutôt simple à comprendre, 0% capté = 0% reproduit et 100% capté = 100% reproduit. C’est pour cela que les caméras traditionelles broadcast offrait des fonctions telles que le Knee, permettant de casser la courbe sur les valeurs hautes afin d’éviter le plus possible le clipping (toute valeur au dessus de 100%) ainsi que les hyper Gamma, présentant des courbes ressemblant à des courbes LOG moins compressées.

Pour la courbe S-LOG on comprend directement que le LOG permet une reproduction d’une palette beaucoup plus large de valeurs, ce que l’on qualifie de dynamique. En effet, le S-LOG est bien plus permissif en terme de sur-exposition mais permet surtout une reproduction de beaucoup plus de nuance dans l’image captée.
Vous vous rappelez les histoires des constructeurs qui annoncent 14 / 15 diaphs de dynamique, eh bien elle est là la dynamique !

Mais voilà, ce n’est pas si simple, on pourrait dire, tournons tous en LOG et on aura tous des images magnifiques mais ce n’est pas le cas. La dynamique compressée dans un si petit train de donnée n’est pas sans désagrément : l’image en S-LOG est laiteuse, manque de contraste et de saturation, un enfer pour le piqué de l’image, c’est pourquoi une image tournée en S-LOG nécessitera un étalonnage suite au tournage ou au minimum une table de conversion appelée LUT (pour Look Up Table) pour revenir à une image « classique ». Ce processus est obligatoire pour vous assurer d’avoir des belles images, c’est pourquoi si vous n’êtes pas familier avec toutes ces étapes, je vous conseille tout de suite de ne pas utiliser les courbes S-LOG sous peine d’avoir des images impropre à la diffusion par la suite !

Exemple S-LOG 3

Exemple d’image en S-LOG 3 tournées avec un A7S II, Pas jojo hein ? (Clic pour agrandir)

S-LOG 2 ou S-LOG 3 ?

Le S-LOG3 introduit en 2014 par Sony est une mise à jour du S-LOG2, déjà présent sur la F5/F55 à sa sortie. J’insiste bien sur le terme mise à jour, Le S-LOG2 n’étant toujours présent dans les caméras que pour des histoires de rétro-compatibilité avec des images tournées précédemment !

Le S-LOG3 a donc été crée afin d’améliorer la dynamique de l’image d’environ 1,5 Diaphs dans vos hautes lumières, le S-LOG3 vous permet également d’avoir plus de nuances dans les basses lumières et ainsi récupérer plus d’info.
Comme je vous l’ai dit précédemment, le S-LOG3 capte plus d’informations dans les zones sombres, et qui dit zone sombre dit bruit ! Mais pas d’inquiétude, si vous avez bien exposé votre image vous devrez supprimer le bruit en post prod lors de votre étalonnage en rabaissant les noirs à une valeur normale.
Une bonne vieille superstition de cadreur voyant du grain sur son image lors de la prise de vue en S-LOG3 aurait lancée une rumeur comme quoi le S-LOG3 aurait plus de bruit que le S-LOG2 et qu’il serait donc inutilisable en tournage, mais ceci est faux, n’importe quel étalonneur digne de ce nom vous dira le contraire une fois l’image étalonnée.
Le S-LOG3 a plus de dynamique que le S-LOG2 mais est aussi plus simple à étalonner, la courbe ressemblant plus à celle du LOG ARRI (LogC) ainsi qu’à la courbe Cinéon, alors soyez sympa avec votre étalonneur, tournez en S-LOG3 !

Toujours pas convaincus de l’intérêt du S-LOG3 sur le S-LOG2, allez on ressort une courbe !

S-LOG 3 VS S-LOG 2

S-LOG 3 VS S-LOG 2 (Clic pour agrandir)

Dans cette courbe on peut voir que dans les basses lumières (valeurs en dessous de 0 sur l’axe horizontal) le SLOG3 a une courbe plus étirée avant d’atteindre le 0, plus d’informations sont donc enregistrées avant la valeur nulle.
Du côté des hautes lumières (valeurs au dessus de 0 sur l’axe horizontal) on peut voir que l’on a 1,5 diaphs de plus avant le clipping total du signal.

Partant du constat que le S-LOG3 est supérieur au S-LOG2, nous nous concentrerons donc sur le premier. Un peu de pratique maintenant !

Principe général de l’exposition du S-LOG 3

Oubliez tout ce que vous avez appris de l’exposition avec des caméras classiques !

Classiquement le principe était de préserver les hautes lumières, quitte à sous exposer un peu et remonter le niveau par la suite, eh bien c’est exactement l’inverse en S-LOG, NE SURTOUT JAMAIS SOUS EXPOSER !
Le SLOG3 étant bruyant dans les valeurs sombres, plus vous aurez de zones sombres (autrement dit sous-exposées) et donc plus vous aurez de bruit, ce processus étant irréversible quand il est en grande quantité en post prod à moins d’utiliser un logiciel de suppression du bruit.

Comme je vous l’ai cité précédemment le S-LOG est très permissif en terme de sur-exposition, voir même demandeur de sur-exposition pour un étalonnage réussi. Il faut vraiment sur-exposer énormément pour perdre les informations dans les hautes lumières, fini les ciels explosés sans détails dans les nuages, bienvenue aux hautes lumières !

Mon conseil étant le suivant, sur-exposer toujours vos images au minimum d’un diaph (vous pouvez aller sans trop de risques jusqu’à 2 diaphs, 1,5 étant une zone « safe ») afin d’éviter le plus possible d’avoir trop de zones sombres dans vos images et vos images devraient toujours s’étalonner parfaitement, en évitant le pénible grain de la sous-exposition.

Dans la gamme Sony toutes les caméras ne se valent pas en terme des outils proposés pour vous permettre d’arriver à surexposer vos images facilement (on distinguera essentiellement les caméras pro des caméras semi pro), c’est pourquoi je vous ai détaillé un guide des outils à disposition pour vous permettre de toujours réussir votre exposition sur ces caméras.
Les conseils que je vous donnerais concerne les gens ayant besoin de régler rapidement leur exposition sans cellule, le mode de tournage que je qualifierais de mode « Guerilla ».

Comment exposer en mode Guerilla avec la FS7 & la F5

Lorsque vous souhaitez tourner en Log sur ces caméras, commencez par les passer en mode « Cine EI » (menu system>base settings). Ce mode agit comme un magasin de pellicule, vous avez un choix entre 3 différentes balances des blancs (3200, 4300 et 5500) mais surtout elle bloque sa courbe de gamma en sortie sur le Log le plus pur qui soit à la sensibilité nominale du capteur (2000 ISO pour la FS7/F5), optimisé pour rendre la meilleure image possible.
Ce mode rend possible l’utilisation de LUT en interne dans le viseur et sur les sorties SDI, fonctionnalité très utile pour vous permettre d’avoir une meilleure idée de votre image finale après étalo.

L’image LUTée que vous aurez dans votre viseur n’est qu’une répsentation du signal mais n’a rien à voir avec ce que vous enregistrez. Vous enregistrerez une image en SLOG3 2000 ISO quel que soit les réglages que vous ferez sur les ISOs dans votre caméra une fois le mode Cine EI enclenché. Cette notion est importante à retenir, en Cine EI les changements que vous faites d’ISO n’ont aucune incidence sur l’enregistrement. Vous pouvez voir cela comme une plaie puisque vous ne pourrez donc pas monter la sensibilité de votre enregistrement mais en réalité cette limitation est très utile pour exposer votre image !

Vous vous souvenez que je disais qu’il vaut mieux sur-exposer votre image de 1 à 1,5 diaphs ?
La solution la plus simple pour sur-exposer à vue sans vous prendre la tête est donc de régler la sensibilité de votre image lutée à 800 ISO (un peu moins de 1,5 diaphs de moins que la sensibilité nominale de 2000 ISO). Exposez normalement votre image en ayant une visu de votre image à 800 ISO… Surprise ! Votre image sera naturellement sur-exposée sur votre enregistrement à 2000 ISO !

Un autre outil vraiment utile est présent dans ces caméras et peut être assignable sur les boutons paramétrables de la caméra, c’est l’outil High Key/Low Key, vous permettant de vérifier tour à tour vos basses lumières isolées ainsi que vos hautes lumières, vous verrez ainsi rapidement si vous êtes sous exposés ou trop surexposés (le premier cas sera le plus courant je peux vous l’affirmer !)

Grâce à ces méthodes vous êtes sûr de ne jamais revenir avec des images sous exposées posant problème en Post, la sous-exposition étant une catastrophe en SLOG !

Comment exposer en mode Guerilla avec l’A7S II & la FS5

Malheureusement vous êtes les moins bien servis, Sony ayant décidé de segmenter ces marchés en supprimant des outils bien utiles à l’exposition de ces deux caméras.
Pour vous pas de mode « Cine EI », pas de High Key/Low Key. Juste un simple « View Assist » faisant office de simple LUT.

En effet, la méthode d’application du LOG est différente sur ces caméras, on l’applique ici comme Gamma dans les picture profile (vous pouvez faire également la même chose avec la FS7 & la F5 en passant en mode custom si vous souhaitez augmenter la sensibilité de votre enregistrement, mais au détriment des outils offerts par le Cine EI). Vous n’aurez donc pas accès aux mêmes subterfuges !

La solution pour vous la moins coûteuse consistera à utiliser l’histogramme inclus dans votre caméra et de vous assurer d’avoir un spectre se situant toujours sur la partie droite (hautes lumières) de votre histo, et à ne surtout jamais le laisser s’enterrer dans les basses lumières. La FS5 doit également posséder la fonctionnalité Waveform qui peut également vous aider mais sans être forcément plus pratique qu’un histogramme…

Dans le cas particulier de l’A7S II qui est avant tout un appareil photo, une fonctionnalité utilisée en photo pourra également vous aider, c’est l’indice d’exposition situé en bas à droite dans votre viseur, vous donnant une indication de si vous êtes surexposé ou sous exposé, une bonne exposition du SLOG3 devrait vous afficher toujours +1 ou +2 (pour une bonne surexposition), si il vous affiche des valeurs négatives, vous êtes trop sous exposés, ouvrez le diaph directement !

Un supplément bienvenue pour moi est de vous conseiller d’acheter un bon moniteur capable d’appliquer des LUTs sur la vidéo, SmallHD le permet sur tous ces derniers moniteurs par exemple. Dans ce cas là, je vous conseille vivement de télécharger les LUTs d’Alister Chapman de XDCAM USER, sur ce lien.
Les LUTs qu’il a créé ne sont pas particulièrement belles, mais il a le mérite d’en avoir créer gérant la surexposition, Baissant la luminosité de la LUT 1 diaph après l’autre, vous pouvez ainsi utiliser une LUT baissant la luminosité de 0, 1, 2 ou 3 diaphs. Vous pourrez ainsi exposer normalement votre image avec les LUTs 1Over et 2Over, votre image enregistrée sera alors surexposée d’un ou deux diaphs. Adieu la sous-exposition !

Pour plus d’information sur le S-LOG3, je vous invite à regarder le white paper de Sony sur le sujet, sur ce lien.

Cela clôture ce dossier volumineux qu’est l’exposition du S-LOG3, j’espère qu’il vous aura été utile. Prévenez-moi si je n’ai pas été clair dans les commentaires et je tâcherais d’améliorer tout ça !